Skip to content
Investissements De Longpre

Placements

L'inflation et vos placements : survivre à un retour à 4 % et plus

Allocation d'actifs, GIC contre actions, obligations indexées, immobilier : comment construire un portefeuille qui tient debout dans un régime d'inflation persistante.

14 mai 2026 · 8 min de lecture

Entre 2010 et 2020, l'inflation canadienne a navigué entre 0,9 % et 2,3 %. Une génération entière d'épargnants a construit son portefeuille en supposant que ce serait le régime normal. Depuis 2021, on a vu l'inflation grimper à 8 %, redescendre, mais rester nerveuse autour de 3 %. Et la possibilité d'un régime structurellement plus élevé — disons 3 à 4 % en moyenne sur la prochaine décennie — n'est pas écartée. Comment positionner un portefeuille pour traverser cela sans perdre de pouvoir d'achat ?

Premier réflexe à dépasser : le GIC garanti à 5 %. À première vue, 5 % de rendement avec 4 % d'inflation reste 1 % de gain réel. Mais ce 5 % est imposable comme du revenu d'intérêt — au taux marginal complet, soit autour de 47 à 53 % pour un cadre québécois. Sur 100 $ d'intérêt, il en reste 50. À 4 % d'inflation, le rendement réel net est… négatif. Le GIC reste utile pour la liquidité court terme (12 à 36 mois) mais c'est un outil de préservation, pas de croissance.

Les actions : leur réputation en temps d'inflation est mitigée mais nuancée. Les entreprises avec un pouvoir de fixation des prix — services essentiels, marques fortes, infrastructures — répercutent largement l'inflation dans leurs revenus. Les entreprises à marges fines, fortement endettées à taux variable, ou dont la croissance future est très éloignée dans le temps, souffrent davantage. Historiquement, sur des périodes de dix ans et plus, les actions diversifiées battent l'inflation. C'est sur les périodes courtes (1-3 ans) que le sentiment de protection s'effrite, parce que les hausses de taux de la banque centrale compressent les valorisations en attendant que les revenus rattrapent.

Les obligations à rendement réel (real-return bonds, RRB) : c'est un instrument fédéral canadien dont le capital et le coupon sont indexés sur l'indice des prix à la consommation. C'est la couverture la plus directe contre l'inflation. Le rendement est habituellement modeste en termes nominaux, mais garanti positif en termes réels. Inconvénient : sensibilité aux taux d'intérêt — quand les taux montent, le prix sur le marché secondaire baisse. À détenir donc jusqu'à l'échéance ou via un fonds dédié, et à éviter en compte non enregistré (la composante d'inflation imputée est imposable annuellement même si non encaissée).

L'immobilier : terre, immeuble locatif, ou fonds immobiliers (FPI). Historiquement, les loyers s'ajustent au coût de la vie sur des baux de moyenne durée, et la valeur du bien suit l'inflation à long terme. Les FPI cotés offrent l'avantage de la liquidité, mais leurs prix de marché peuvent décrocher temporairement en période de hausse rapide des taux. L'immobilier direct exige du capital, du temps et une tolérance à l'illiquidité — mais reste l'un des meilleurs amortisseurs d'inflation pour les patrimoines qui le permettent.

L'or et les matières premières : utiles à petite dose (3 à 5 %) comme assurance contre les chocs monétaires. Leur rendement à long terme dépasse rarement l'inflation, mais leur faible corrélation avec les actions et obligations en fait des stabilisateurs de portefeuille en situation de stress. À ne pas confondre avec une position de croissance.

L'allocation type que nous proposons pour un client en accumulation, profil équilibré, dans un régime de 3 à 4 % d'inflation persistante : 55 à 65 % en actions diversifiées internationalement (avec un biais vers les entreprises à pouvoir de fixation des prix), 20 à 25 % en obligations de qualité (dont une portion en RRB et une portion à courte durée), 5 à 10 % en immobilier (FPI ou direct), 5 % en alternatifs (or, infrastructure cotée), et le reste en liquidité. Pour un client en décaissement, on baisse les actions à 45-55 % et on monte la composante revenu, mais sans tomber dans le piège du tout-GIC.

Diversification géographique aussi importante que diversification d'actifs. Le Canada représente environ 3 % du marché boursier mondial. Un portefeuille en actions concentré à 60 % en titres canadiens — comme on en voit encore souvent — est en réalité fortement exposé aux secteurs financier, énergétique et matériaux. Une exposition globale (États-Unis, Europe, marchés émergents) augmente la résilience inflationniste parce que les régimes monétaires diffèrent d'un pays à l'autre.

La pire stratégie en période d'inflation persistante reste la même que d'habitude : laisser dormir trop d'argent en compte courant ou en GIC pour se sentir en sécurité. La sécurité comptable se paie chaque année en pouvoir d'achat perdu. La vraie sécurité, c'est un plan financier qui prévoit explicitement l'inflation, plusieurs scénarios, et un portefeuille construit en conséquence — pas un portefeuille construit pour 2 % et qu'on espère voir survivre à 4 %.